© Jean-Louis Fernandez
à propos des spectacles

Al Atlal : fiche pédagogique

Publié le 07.09.18 par Philippe Cuomo

Fiche pédagogique  réalisée par Philippe Cuomo
permettant une préparation au spectacle conçu par Norah Krief.

Un chant d’amour

© Jean-Louis Fernandez

©Jean-Louis Fernandez

 

Un poème d’amour adressé

ACTIVITÉS :

Regardez le document suivant :

  • À qui peut bien s’adresser Norah Krief ?
  • Comment qualifieriez-vous sa manière de parler ?
  • Que ressentez-vous face à ces images ?

 

ACTIVITÉS :

Lisez l’article ci-dessous :

  • Comment cet article répond-il aux interrogations précédentes ?
  • Pourquoi ce spectacle peut-il s’adresser à tout le monde ?

 

Al-Atlal : Norah Krief se réconcilie avec l’exil – 9 mai 2017

Norah Krief vient de construire un spectacle ayant été bâti sur la chanson « Al-Atlal » (Les Ruines) d’Oum Kalsoum. Une création chantée et parlée, où Krief s’adresse à sa mère et, finalement, à l’exil pouvant être vécu indirectement par tous les enfants d’immigrés. Créé au festival « Passage » de Metz, puis une étape à « Ambivalence(s) » la semaine passée, le spectacle sera en tournée en France dès la prochaine saison.

Avant même que Norah Krief n’entre en scène, les premières notes d’« Al-Atlal » se font entendre. Le spectacle entier durera moins longtemps que la chanson d’Oum Kalsoum, mais il n’y a pas une seconde où l’âme de la diva égyptienne sera absente, en musique ou en mots. Car ce sont des mots que Norah Krief adresse sous forme de « lettre à [sa] mère ». Elle dépeint ce qu’elle qualifie de « nostalgie heureuse » d’une époque pourtant difficile pour sa famille. Fille d’immigrés tunisiens, l’intégration a été une expérience houleuse et constellée de rejets. Pourtant, par « Al-Atlal », Norah Krief parvient à apprivoiser sa culture rejetée.

Sa culture car cette chanson, qu’elle a redécouverte en travaillant avec Krzysztof Warlikowski et Wajdi Mouawad était celle qu’écoutait sa mère dans la grande maison de banlieue un peu défraîchie de son enfance. Une culture qu’elle retranscrit en mots et en musique, comme une adresse à tous les déracinés et leurs descendants. « Al-Atlal » devient appel à la compassion pour tous ceux dont les racines sont en ruine, appel à la dignité, à la compréhension de l’autre et à la modestie de sentiments.

L’importance des mots et des émotions est soulignée par la simplicité de la mise en scène qui tient à première vue du concert. Quelques images le magnifient, lui donnent une touche magique, mais les déplacements sont rares et tout le travail est concentré sur les sentiments vécus par Norah Krief. Un personnage central qui parvient, sans efforts et avant même de donner la parole à son entourage en fin de spectacle, à se rendre universel.

Hadrien VOLLE – www.sceneweb.fr

https://sceneweb.fr/norah-krief-chante-al-atlal-poeme-de-oum-kalsoum/

 

Un poème mis en spectacle

ACTIVITÉS :

Regardez la galerie d’images sur le site de La Comédie de Béthune

http://www.comediedebethune.org/spectacle/al-atlal/

  • Décrivez les moyens techniques que vous observez.
  • Comment sont-ils utilisés ?

 

Un chant pour tous

ACTIVITÉS :

Quand Wajdi Mouawad m’a proposé de chanter un extrait d’Al Atlal, ce long poème d’Ibrahim Nagi interprété par Oum Kalsoum, c’était en janvier 2016 dans la pièce Phèdre(s) mise en scène par Krzysztof Warlikowski.

En écoutant cette chanson, j’ai eu une montée de nostalgie.

Je revoyais ma mère concasser au mortier son café, le moudre fin comme de la farine me disait-elle, le mettre dans sa zazoua sur le feu doux du kanoun, ajouter une goutte d’eau de fleur d’oranger, tout ça dans notre jardin de banlieue parisienne. Elle restait concentrée, surveillant avec vigilance le frémissement du café qui dégageait une arôme de noisette grillée. Et c’était long, ça bouillait lentement, elle retirait, et remettait la zazoua sur le feu tout en écoutant Oum Kalsoum sur le tourne-disque de la maison.

Norah Krief, extrait de la note d’intention du spectacle, 2016

  • Rappelez-vous une chanson qui a marqué un moment de votre vie.
  • Écrivez un texte de souvenirs liés à cette chanson.

 

 

Oum Kalsoum

Une diva

            La quatrième Pyramide, le Rossignol du Caire, l’Astre de l’Orient, la Dame, le Souffle parfumé, la Perle de l’art, la Mère de cent millions de musulmans… par leur profusion, superlatifs et surnoms laudateurs trahissent l’impossibilité d’exprimer tout l’amour que le monde arabe voue à Oum Kalsoum. « Si on veut la décrire, on n’arrivera jamais à trouver son équivalent », signalait Ahmed Rami, un de ses plus fameux paroliers. 

Pour dire l’état de transe si particulier que provoquait chaque apparition de la plus grande chanteuse orientale de tous les temps (née vers 1900, morte en 1975), on a même créé les mots tarab qui signifie à peu près « délire collectif », « vagues de foules ardentes », « hystérie  » ; et maazag qu’on pourrait traduire par « plaisir à son comble  » ou « intense volupté »…

Éric Biétry-Rivierre, extrait d’un article paru sur le site du Figaro.fr, « Oum Kalsoum au firmament arabe »

http://www.lefigaro.fr/culture/2008/07/21/03004-20080721ARTFIG00303-oum-kalsoum-au-firmament-arabe-.php

 

ACTIVITÉS :

  • Quel serait l’équivalent selon vous d’Oum Kalsoum dans le domaine du rock’n roll ? de la musique pop ? de la chanson populaire ? de l’opéra ?
  • Trouvez, comme au début de l’article, des qualificatifs pour les différents chanteurs cités.
  • Quelles chansons seraient emblématiques pour vous ? Présentez-les, donnez envie de les écouter à vos camarades.

 

Al Atlal

ACTIVITÉS :

Découvrez une biographie de la chanteuse, un enregistrement du poème Al Atlalainsi que le texte du poème sur le site suivant :

https://citylightscinema.wordpress.com/2012/06/12/oum-kalsoum-al-atlal-les-ruines-avec-la-traduction-1966/

 

 

  • Regardez le début de la vidéo présentée sur le site : comment réagit le public ? Décrivez la musique que vous entendez.

  • Lisez le poème Al Atlal ci-dessous, établissez le lien précis entre le titre (Al Atlal – Les Ruines) et le poème. Faites-en un lecture à plusieurs voix en classe.

 

يا فؤادي لا تسل أين الهوى

كان صرحاً من خيالٍ فهوى

إسقني واشرب على أطلالهِ

وارو عني طالما الدمع روى

كيف ذاك الحب أمسى خبراً

وحديثاً من أحاديث الجوى

لست أنساك وقد أغريتني

بفمٍ عذب المناداة رقيق

ويدٍ تمتدُّ نحوي كَيَدٍ

من خلال الموج مُدَّت لغريق

وبريقٍ يظمأُ الساري له

أين في عينيك ذيَّاك البريق

يا حبيباً زرتُ يوماً أيكهُ

طائر الشوق أُغني ألمي

لك إبطاءُ المُدِلِّ المُنعم

وتجنِّي القادرِ المُحتكم

وحنيني لك يكوي أضلُعي

والتَّواني جمراتٌ في دمي

أعْطني حُرِّيتي أطلق يديَّا

إنني أعطيتُ ما استبقيتُ شيئا

آه من قيدِكَ أَدمى مِعصَمي

لِمَ أُبقيه وما أبقى عليَّا

ما احتفاظي بعهودٍ لم تصُنْها

وإلامَ الأسرُ والدنيا لديَّا

أين من عيني حبيبٌ ساحر

فيه عزٌ وجلالٌ وحياء

واثق الخطوةِ يمشي مَلكاً

ظالمُ الحُسنِ شهيُّ الكبرياء

عَبِقُ السحرِ كأنفاسِ الرُّبى

ساهمُ الطَرْفِ كأحلامِ المساء

أين مني مجلسٌ أنتَ به

فِتنة تمَّتْ سناءً وسنى

وأنا حُبٌ وقلبٌ هائمٌ

وفراشٌ حائرٌ مِنك دَنا

ومن الشوقِ رسولٌ بيننا

ونديمٌ قدَّم الكأس لنا

هل رأى الحب سُكارى مِثلَنا

كمْ بنينا مِن خيالٍ حَوْلنا

ومشينا في طريقٍ مُقمرٍ

تَثِبُ الفرحةُ فيه قَبْلنا

وضَحكنا ضَحكَ طفلين معأً

وغدونا فَسَبقنا ظلَّنا

وانتبهنا بعد ما زال الرحيق

وأَفقْنا ليتَ أنَّا لا نفيق

يقظةٌ طاحت بأحلامِ الكرى

وتولىَّ الليلُ والليلُ صديق

وإذا النورُ نذيرٌ طالعٌ

وإذا الفجرُ مُطلٌ كالحريق

وإذا الدنيا كما نعرفها

وإذا الأحباب كلٌ في طريق

أيها الساهرُ تَغْفو

تَذْكُرُ العهدَ وتصحو

وإذا ما التأم جُرحٌ

جدَّ بالتَذكارِ جُرحُ

فتعلَّم كيف تنسى

وتعلَّم كيف تمحو

يا حبيبي كلُّ شيءِ بقضاء

ما بأيدينا خُلقنا تَعساء

رُبما تجمعُنا أقدارُنا

ذات يومٍ بعد ما عزَّ اللقاء

فإذا أنكر خِلٌّ خِلَّهُ

وتلاقينا لقاءَ الغُرَباء

ومضى كُلٌّ إلى غايَتِهِ

لا تَقُلْ شئنا فإن الحظَّ شاء

Ô mon cœur, ne demande pas où est passé l’amour

Il n’était qu’un château de mirages et s’en est allé

Sers-moi et bois en souvenir de ses ruines

Et raconte-moi tant que mes larmes couleront

Comment cet amour est devenu une légende

Et mots (exemplaires) de l’amour passionnel

Je ne pourrais t’oublier car tu m’as séduite

Par ta bouche aux appels doux et élégants

Et d’une main qui se tendait vers moi

Telle la main tendue à un naufragé à travers les vagues

Et un éclair qui mettrait le voyageur solitaire en confiance

Y a-t-il semblable à cet éclair venant de tes yeux ?

Ô mon amour, j’ai un jour visité le nid

De l’oiseau du désir ardent pour lui chanter ma douleur

Tu as la nonchalance de l’amoureux généreux

Et la cruauté du puissant qui trône

Pourtant ma tendresse pour toi me brûle les côtes

Et les secondes sont comme des braises dans mon sang

Donne-moi ma liberté et lâche mes mains

J’ai tout donné et il ne me reste plus rien

Ah ! par ton emprise mon poignet saigne

Pourquoi ne pas l’épargner et rester comme je suis

Il ne me reste plus qu’à garder (en souvenir) mes promesses que tu n’as pas respectées

Sinon le monde ne serait pour moi qu’une prison

Y a-t-il pareil à mes yeux que mon amoureux qui envoûte

En lui il y a grandeur majesté et pudeur

Il marche comme un ange d’un pas assuré

Injuste envers la bonté et s’inclinant devant les arrogants

Aux parfums ensorcelants comme les essences des fruits

Aux yeux charmeurs tels les rêves du soir

De quelle partie en moi tu régentes

La discorde qui va d’étincelle en étincelle

Et moi qui ne suis qu’amour errant

Une couche tourmentée qui se rapproche de toi

Du désir ardent un messager s’est mis entre nous

Un compagnon de boisson (commensal) nous tendit le verre

A-t-il vécu l’amour dans l’ivresse comme nous

Combien de mirages avons-nous construit autour de nous

Nous avons marché sur le chemin éclairé par la lune

Où la joie nous précédait

Et nous avons ri ensemble comme deux enfants

Avons couru et dépassions nos ombres

Et nous nous sommes ressaisis quand le nectar fut épuisé

Et nous nous sommes réveillés ah si l’on pouvait ne pas se réveiller

Un réveil qui nous a sortis du rêve de la somnolence

Et la nuit s’empara de nous et la nuit est un compagnon

Alors la lumière éclatante se leva

Alors l’aurore apparut comme un feu

Alors la vie suivit son cours

Alors chaque ami prit son chemin

Eh toi le noctambule qui s’assoupit

Tu marmonnes ton serment et tu te réveilles

Si une plaie se ferme

Le souvenir en fera revivre la blessure

Alors apprends à oublier

Et apprends à effacer

Ô mon amour toute chose est liée au destin

Nous n’y pouvons rien et avons été créés faibles

Peut-être que nos destins nous réuniront

Un jour après la langueur

Si d’aventure les amoureux se renieront l’un l’autre

Et nous nous rencontrerions comme des étrangers

Et toute chose suivra son cours

Ne dis pas que nous l’avons voulu, ce n’est que le destin qui en a décidé.

 

  • Pour aller plus loin, apportez en classe des poèmes d’amour que vous connaissez, demandez des titres à votre professeur, faites des lectures à voix haute, enregistrez-les, déclamez-les, échangez-les…

 

Documents complémentaires

  • Présentation du spectacle par Jean-Pierre Jourdain, Directeur artistique délégué au projet pour le TNP :

  • Dossier artistique du spectacle réalisé par La Comédie de Valence dans lequel on peut trouver notamment la note d’intention complète de Norah Krief ainsi que des lettres posthumes à sa mère :

http://www.comediedevalence.com/fileadmin/speciality_distribution/public/user_upload/dp_al-atlal.pdf

 

         Et surtout, laissez-vous charmer par les rythmes de la musique, la voix de Norah Krief et toute la tendresse qui envelopperont ses paroles pendant le spectacle…

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