à propos des spectacles

Des Territoires : fiche pédagogique

Publié le 21.09.21 par La Comédie de Béthune

Fiche pédagogique réalisée par Philippe Cuomo

Préparation au spectacle

Un artiste, un projet singulier

Baptiste Amann, qui êtes-vous ?

©Thomas Faverjon

Baptiste Amman grandit à Avignon, dans un quartier, loin du centre-ville. Dans la maison du quartier, il s’intéresse d’abord au rap et au hiphop, puis à la danse. Grâce à un animateur, il entre dans une section théâtre dans le centre d’Avignon. Les cours avaient lieu à la Chartreuse. Après la terminale, il tente l’ERACM et réussit le concours d’entrée.

Baptiste Amann a donc été formé à l’ERACM ; en 3ème année (2007), son projet était d’écrire une pièce : Les anthropophages. Suite à cette expérience, il entreprend la création d’un collectif appelé L’outil. Ce collectif a été implanté en Bourgogne. Le sigle est très significatif : Institut des Recherches Menant à Rien (IRMAR). Le matériau de départ se compose du « Discours sur rien » de John Cage. Comment partir du rien ? qu’en faire ? telles étaient les questions fondamentales. La performance arrivait au centre de cette réflexion, suivie également d’une volonté d’aller vers les arts plastiques. Au bout de 7 ans, ce fut le point de non-retour ; le récit et le texte manquaient.

Marqué par le travail de Philippe Quesne ou de Romeo Castellucci, Baptiste Amann se demande comment s’emparer d’une fiction avec la singularité de ce collectif. C’est la naissance du projet des Territoires.

Il rencontre alors un certain nombre de structures et Théâtre ouvert[1] lui a fait confiance avec ce projet. Il reçoit l’assurance d’une édition ainsi qu’un accompagnement dramaturgique.

Pourquoi cette trilogie ?

Baptiste Amanna souhaitait revenir sur une part autobiographique ; il a grandi dans une tour qui a été détruite dans les années 90. Certains ont été relogés dans des pavillons, d’autres dans de nouvelles barres. Il a été d’emblée confronté à une question de territoire : ceux qui étaient dans des barres vs ceux qui avaient un pavillon avec un jardin.

Il a écrit le texte à partir de ce contexte, au sein d’une famille qui a la sensation de ne pas être reliée à sa capacité d’agir et dont les membres sont les héritiers d’un patrimoine sans prestige et appartenant à une génération désenchantée. Chaque pièce partirait de cette situation en les confrontant à un personnage historique qui est dans l’action. Les anachronismes ne racontent rien d’aujourd’hui mais s’installent plutôt dans un geste poétique qui nourrit la fiction. Certains moments arrachés à l’histoire viennent créer des moments d’empathie avec la situation de la pièce. Par exemple, ce qui l’intéresse chez Condorcet, dans le premier volet, c’est le fait qu’il ait écrit une lettre au peuple, lettre qui l’a condamné. Comment un homme répond à une radicalité par une autre radicalité ?

Les rencontres avec le passé – une structure commune aux trois pièces

  • 1ère pièce : avant l’enterrement des parents et la Révolution française / Condorcet et Sophie de Grouchy notamment
  • 2ème pièce: le jour de l’enterrement et la Commune de Paris / Louise Michel et Théophile Ferret notamment
  • 3ème pièce : le lendemain de l’enterrement et la guerre d’Algérie (volonté d’intégrer une réflexion sur la décolonisation). / Jamila Bouerem et Jacques Vergès

La trilogie propose un processus de deuil dont le premier opus serait le déni, le second,  la colère et le trosième, la résilience.

Baptiste Amann pense également à une proposition d’intégrale dès l’origine mais en gardant le rapport critique et vrai avec le public, en gardant également l’aspect artisanal qui a présidé à la création.

C’est un texte avec des personnages en construction. C’est un théâtre qui hésite entre des théâtralités et des esthétiques différentes. Les personnages parlent pour ne pas dire leurs blessures sauf lors des monologues. Chaque personnage prend aussi la parole pour s’emparer de la fiction et s’affirmer. Son théâtre est bien un théâtre de l’observation, comme une coupe géologique, c’était aussi le cas dans La Truite. Les strates et les temporalités sont invitées lors de ce temps d’observation.

Baptiste Amann présente la trilogie en vidéo

https://www.theatre-contemporain.net/embed/v1aHftHL?no_title&autostart

ACTIVITÉS :

  • D’après l’ensemble de ces documents, réalisez une interview fictive de Baptiste Amann.
  • Réalisez une bande annonce pour la trilogie. Celle-ci prendra la forme que vous souhaitez (radio, images arrêtées, vidéo), comprenant ou non des images réelles du spectacle…

Si vous allez voir le premier volet…
Des Territoires (Nous sifflerons la Marseillaise …)

Un dossier pédagogique à votre disposition (de la Comédie de Reims) avec des ACTIVITÉS

Entrée par le texte

Prologue

 

B[2] Le portillon.

Noir.

Autour

pas de mur.

Des agglos

une rangée et

du grillage.

La route devant.

On voit le jardin depuis l’extérieur.

Depuis la route qui passe devant

sauf quand on croise le

portillon.

Tu rentres

5 pas

porte.

Pas de crépi encore.

Entrée.

Deux mètres puis mur.

Droite… gauche.

Placard / toilettes.

Droite…

Salon puis gauche cuisine

un mètre puis droite placard

gauche fenêtre sur rue sur grillage sur maison identique.

Demi-tour.

Vers salon puis gauche alcôve

Rien

droite escalier…

 

L’étage.

 

Trois

chambres.

 

Toilettes face puis droite salle de bain baignoire évier porte-machin

Puis

gauche dressing (petit dressing)

placard disons.

 

Demi-tour.

Escalier à nouveau.

Le même.

Gauche rambarde

pas droite :

Pas de rambarde à droite.

Donc

traces de doigts sur papier peint.

Donc

hygiène dégueu pas propre.

Donc

rambarde la prochaine fois.

Gauche rambarde c’est propre.

Pas de traces.

Bref.

Gauche gauche

égal demi-tour

puis un pas

puis droite

chambre.

La chambre.

 

La chambre des parents.

Égal 9 m2

plus petit dressing fond gauche

3 m2 à l’aise.

Demi-tour

et petit saut au-dessus du lit

double fenêtre

derrière balcon

canisses.

Vue sur le parking.

On voit le parking depuis l’intérieur.

 

Devant les agglos il y avait deux grands peupliers. Le mistral frappe. Avant ici, des marécages. Aujourd’hui le chantier d’un parking. Terrasse et bientôt chape de béton puis bande blanche et quoi… C’était le pavillon témoin.

Papa Maman crédit sur vingt ans. 8000 francs plus 7400 balles c’est 15 400 boules puis c’est pas si mal pour l’époque si on oublie qu’aujourd’hui ça fait à peu près 2000 euros net soit 1000 euros net par personne pour un couple et quatre enfants sans compter les allocs bon pas si mal pas pauvres en tout cas pas misérables.

À l’école CM2 le salaire d’un parent au-dessous de 10 000 francs c’est la honte. Tout le monde ment. Pas un seul salaire au-dessus de 9 000 en réalité.

Donc 15400 multipliés par 12 égal 184800 par an fois 20, 3 696 000 francs gagnés si pas de changement professionnel ni chômage ni maladie lourde ou … accident mortel.

 

Moins mensualités 5600 francs par mois fois 12 égal 67 200 francs sur vingt ans 1 344 000 francs (soit un tiers de la somme gagnée à deux pour 90 m2) restent 2 352 000 francs soit environ 358 560 euros voilà si on retire voiture / vêtements / bouffe à nous quatre on aura coûté environ 150 000 euros sur vingt ans. J’ai coûté plus que les autres.

 

On habite le pavillon témoin.

ACTIVITÉS :

  • Faites une lecture à plusieurs voix de ce texte. Variez les intentions.
  • En quoi ce début est-il surprenant ? Que nous raconte-t-il selon vous ?
  • De la même manière, décrivez votre « territoire ».

Documents complémentaires

Extraits du dossier de la compagnie

  • Note d’intention de l’auteur

Ce texte je l’ai écrit en 2013, en réaction à la grogne réactionnaire que je sentais monter dans le pays. Les atteintes répétées aux valeurs humanistes de la république, la résurgence de groupuscules fascistes qu’on croyait définitivement vaincu, la radicalisation de certains jeunes partis mener le Jihad en Syrie, la montée de FN, m’avaient contraint à repenser ma vision romantique de l’idée de « révolution ». Des territoires (Nous sifflerons la Marseillaise…) devenait le premier volet d’un projet de trilogie dont l’axe principal se baserait sur cette inquiétude personnelle : quel type de révolution appellera le 21ème siècle ?

Après les événements que nous avons connus durant l’année 2015, la nécessité pour moi de réaliser ce projet s’est faite encore plus forte. Les thèmes abordés par la pièce sont effectivement ceux qui travaillent notre société. On y parle, toutes échelles confondues, de la difficulté de vivre ensemble, dans un même pays, dans une même ville, dans un même quartier, au sein d’une même famille. On se débat. On s’oppose. On spécule. On juge, on condamne, on accuse. On s’inquiète de la montée du salafisme dans les quartiers. On manipule des concepts plus grands que soi comme la démocratie, l’héritage, la liberté, la révolution, l’identité.

La résonnance avec l’actualité n’est pas le fruit d’une intuition visionnaire. Elle témoigne surtout du fait que notre génération (dans l’équipe nous avons tous autour de trente ans) s’est construite au contact de ces problématiques. Comme toutes celles qui l’ont précédée, au moment où elle s’apprête à devenir à son tour la référence pour ceux qui « hériteront », elle a l’impression d’être la plus à même de parler du monde. Un mirage, pour sûr. Mais, assumons ! J’espère trouver les moyens de faire rentrer ces questions d’actualité au cœur du théâtre, représenter des populations que je trouve sous-représentées, rehausser la valeur de ces « petites vies » en dehors du folklore de la démarche sociale, ou de l’ambition paternaliste d’un savoir-faire culturel. Parler de la banlieue. Parce que j’y ai grandi, et que là-bas, l’« état d’urgence » est décrété depuis plus de 20 ans. Écrire des dialogues aussi. Ça n’a l’air de rien. Et pourtant.

Ce qui est délicat avec le terme « banlieue », c’est qu’il fonctionne comme un label. Il produit tout un tas de fantasmes, il stigmatise, il fascine, il attise les peurs, lance des modes, catalyse un grand nombre de « phénomènes de société ». Je ne veux pas traiter de cela. La banlieue est ici un contexte, une toile de fond. Ce qui m’intéresse c’est de parler, à travers le ressouvenir de ma propre expérience, de l’impact qu’ont les territoires sur nos personnalités et nos rapports au monde.

Des territoires (Nous sifflerons la Marseillaise…) n’est pas un traité sociologique, ou un manifeste politique pour autant. C’est une pièce de théâtre. Aucun point de vue ne l’emporte sur l’autre. Rien ne décide pour le spectateur de ce qu’il doit en penser. Il n’est pas question non plus de verser dans l’état des lieux glauque ou la flagellation austère. Au contraire, la place de l’humour y est essentielle. Elle seule a cette capacité bienfaitrice de valoriser notre ridicule, notre lâcheté, nos faiblesses communes, pour en faire les expressions les plus honnêtes, et les plus promptes à nous faire rire, de notre humanité.

  • À propos de la pièce

Ils s’appellent Lyn, Benjamin, Samuel, Hafiz. Ils sont de la même famille. Ils ont grandi dans ce pavillon de banlieue. Ils vivent encore dans le quartier. Ils sont de cette ville, de ce pays, dans ce monde. Ils se racontent des petites histoires sur l’époque, sur les mutations de l’espace urbain, sur leur manque de courage, d’envie, de perspectives, sur le racisme de l’un, sur l’ambition de l’autre, sur le chemin à prendre pour ramener les pizzas, sur leur statut d’ainée, de cadet, de benjamin, de frères et de sœur, de femme et d’hommes.

Ils en oublieraient presque que leurs parents sont morts. Qu’il faut vendre ou ne pas vendre la maison. Qu’il faut pleurer ou ne pas pleurer. Qu’il faut rire ou ne pas rire. Et le cercueil, en sapin, en acajou ? Ils se noient dans un verre d’eau. Ils sont drôles. Ils sont minuscules. Ils sont comme tout le monde. Ils font ce qu’ils peuvent. Jusqu’à ce que l’Histoire surgisse au milieu du salon, les saisisse, et leur rappelle qu’ils sont aussi d’une autre ville, d’un autre pays, d’un autre monde.

Teaser premier volet

Critique premier volet

http://www.telerama.fr/scenes/des-territoires-nous-sifflerons-la-marseillaise-baptiste-amann,137977.php

Podcast : découverte du texte initial du premier volet

 

Si vous allez voir le deuxième volet…
Des Territoires (… D’une prison l’autre …)

Une brève présentation

Lyn, Hafiz, Benjamin et Samuel sont réunis dans la maison de leurs parents morts. Passé le déni traumatique (sujet du premier volet), ils reviennent de l’enterrement et découvrent chez eux Lahcen et Moussa venus les prévenir qu’une violente émeute gronde dans le quartier. Contraints au confinement par la Mairie, les voici enfermés ensemble, à la fois protégés du monde et prisonniers du deuil et de la difficile relation à l’autre. Une certaine Louise Michel, militante activiste luttant contre le projet d’extension du centre commercial est également avec eux… Indices d’un anachronisme qui traverse la pièce en parallèle, Louise Michel et les cris de l’émeute au-dehors font résonner l’écho de l’insurrection de la Commune (1871). Ce bref mais important soulèvement émanait de la volonté de changer le monde. Les six personnages vont alors glisser, d’une révolte à l’autre, et devenir les figures réelles et fantasmées de Théophile Ferré, Gustave Courbet, Élisabeth Dmitrieff, Élisée Reclus, Marie Ferré et Louise Michel.

Héritant de cette question non résolue du déterminisme social, Baptiste Amann choisit un territoire qu’il connaît bien, une cité peu radieuse, un pavillon témoin dans une résidence HLM et une famille banale, pour écrire une chronique sociale et politique actuelle. S’y croisent, sur un ton féroce et quotidien, des enjeux contemporains : démocratie, crise identitaire, racisme, solidarité… Entouré de six admirables comédiens et complices rencontrés pour la plupart à l’École régionale d’acteurs de Cannes, l’auteur compose sur mesure des personnages bruts et sensibles. Alors qu’ils débattent de sujets qui les dépassent, on les découvre portant chacun un rapport à l’enfermement et la possibilité d’en sortir. En contrepoint de la violence du verbe et des situations, Baptiste Amann propose un espace sonore et visuel ouvert, dans lequel la poésie, le rêve et l’humour pourront doucement s’inviter…

Elsa Kedadouche (https://www.theatre-bastille.com/saison-17-18/les-spectacles/des-territoires-dune-prison-lautre )

Documents complémentaires

Note d’intention de Baptiste Amann

Après un premier volet qui décrivait la fuite en avant de personnages en apnée, incapables de mesurer le traumatisme subit (la mort des parents), cherchant par tous les moyens à éviter le sujet, cette deuxième pièce est donc une pièce de colère.

Ce n’est pas pour autant que je vais chercher à mettre en scène une forme de chaos, à grand renfort de hurlements, de crises de nerfs, et d’explosions.

Ce qui m’intéresse ici, c’est d’engager une mise en perspective des différentes valeurs de la notion d’enfermement, et d’observer à chaque fois comment l’influence de la colère peut y être vécu comme une malédiction ou, au contraire, comme un principe rédempteur.

Si cette notion d’enfermement me paraît importante à traiter, c’est que notre époque semble opérer un grand écart impossible entre, d’une part, une aspiration mondialiste, reposant sur la transaction de flux financiers abstraits, l’émergence toujours grandissante de la réalité virtuelle, la globalisation des outils de communication et d’information dématérialisés, et de l’autre côté, l’expression d’un repli sur soi identitaire, politique et économique. L’opposition entre souverainisme et internationalisme a changé. La guerre froide est une histoire ancienne. Les « empires » continuent pourtant leurs entreprises de conquête idéologique (démocraties libérales vs états religieux ou dogmatiques) mais à l’intérieur, à une échelle réduite, d’autres cherchent non plus à conquérir, mais à « protéger ». La Grande-Bretagne est sortie de l’Union Européenne, des murs se dressent à nouveaux en Europe de l’est, le populisme et le néo-fascisme sont les grands gagnants d’une Europe coincée entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient, qui peine à arbitrer un monde dont elle ne tient plus les commandes. Cette « réaction » ne contient pas que des valeurs délétères, nous pourrions parler également des aspirations « décroissantes » de sociétés qui cherchent à infléchir la course à la consommation, au progrès, dans laquelle s’est jeté le monde contemporain. Ou encore l’enjeu écologique, qui voit se multiplier les micro-initiatives du réseau alternatif qui tentent de court-circuiter la logique de la macro-économie. Toujours est-il que nous retrouvons ici notre opposition entre ouverture et repli.

Ce sentiment d’être coincé dans un étau, en Europe, mais aussi en France, soulève des débats corrosifs sur les notions d’identité, d’héritage historique, de valeurs fondamentales, qui sont au cœur de ce projet de trilogie.

Evidemment, ce qui vient d’être formulé ci-dessus n’est absolument pas une thèse indéniable, sûre d’elle et péremptoire. Elle n’est que l’impression subjective de mon rapport au monde. Aussi, la fiction est essentielle ici, pour rester à la mesure de mes personnages qui, comme moi, sont aux prises avec des sujets qui les dépassent.

 ACTIVITÉ

  • Faites une recherche sur Louise Michel.
  • Imaginez ensuite (sous la forme d’un texte ou d’une improvisation théâtrale) la rencontre entre ce personnage historique et une militante qui s’insurge contre la construction d’un centre commercial dans le quartier. Par exemple (mais ce n’est qu’une suggestion), Louise Michel pourrait la conseiller pour écrire le discours qu’elle prononcera dans une réunion publique.

 Baptiste Amann présente le deuxième volet

https://www.theatre-contemporain.net/embed/dhdZ1Vjm?no_title

Teaser deuxième volet

Si vous allez voir le troisième volet…
Des Territoires (… Et tout sera pardonné ?)

Des Territoires – trilogie

[1] Petit historique du lieu et évocation du couple Attoun :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Théâtre_Ouvert

http://www.theatre-ouvert-archives.com

https://www.lexpress.fr/culture/scene/quarante-ans-d-ouverture_647472.html

[2] correspond à un personnage B (Le Cadet)

 
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