© Xavier Lambours / portrait de JL Vincent
à propos des spectacles

détruire : interview de Jean-Luc Vincent, metteur en scène

Publié le 07.09.17 par La Comédie de Béthune

Mars 2017, propos recueillis par Manuel Piolat Soleymat pour La Comédie de Béthune

Normalien et agrégé de Lettres classiques, Jean-Luc Vincent a choisi le chemin du théâtre. Après avoir cofondé le collectif Les Chiens de Navarre, il a créé la compagnie Les Roches Blanches.

Comment devient-on comédien et metteur en scène quand on est normalien et agrégé de Lettres classiques ?

En rencontrant des gens. Ces rencontres, bien qu’assez tardives, m’ont amené à entrer dans un cours d’art dramatique, à l’Ecole normale supérieure. Suite à cela, j’ai mené de front la voie de l’université et celle du théâtre, avant que l’on me propose mon premier engagement professionnel en tant que comédien. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de me consacrer à la scène.

Qu’est-ce que ce premier cours d’art dramatique a révélé en vous ?

Bizarrement, j’ai laissé le texte de côté pour aller vers les formes de jeu pur. Je me suis immédiatement senti attiré par le masque, le clown, par toutes les choses qui passaient par le corps. J’ai découvert en moi un rapport très direct, très enfantin à l’incarnation. Ce n’est que par la suite que j’ai investi la dimension plus cérébrale, plus littéraire du théâtre, notamment grâce à mon travail d’assistant et de dramaturge pour le metteur en scène Bernard Lévy.

Diriez-vous que ce qui s’est passé dans ce premier cours était de l’ordre de la révélation ?

Non, plutôt de l’ordre d’un cheminement qui a abouti à une évidence. Je crois beaucoup à l’idée que nous sommes tous composés de plusieurs facettes. Le but est de réunir toutes ces composantes en construisant son propre parcours. Cette chose est, je crois, particulièrement vraie pour les artistes. Sans doute parce que dans les milieux de la création, les parcours de vie — avec toutes leurs rencontres, leurs centres d’intérêt, leurs accidents, leurs chemins de traverse… — sont en définitive aussi importants que la technicité ou le savoir-faire.

Finalement, qu’est-ce qui a été décisif dans votre choix de vous orienter vers le théâtre plutôt que vers l’université ?

Ce qui a peut-être fait la différence, c’est de réaliser qu’en faisant du théâtre, je rencontrerai des gens très différents. J’ai toujours eu beaucoup de mal avec l’entre-soi, les cercles, les communautés homogènes… Je préfère de loin les milieux où les gens se mélangent. Le théâtre m’a permis d’explorer des domaines plus vastes que l’université, d’être en relation avec des intelligences et des sensibilités diverses, de m’inscrire de manière beaucoup plus ouverte dans le monde.

Comment pourriez-vous caractériser votre rapport à la scène ?

Je me sens vraiment bien lorsque je suis sur scène, en train de jouer avec d’autres acteurs et actrices. Un peu comme un enfant. Ce qui, d’une certaine façon, est complètement en contradiction avec ce que pouvait laisser imaginer mon parcours de normalien. D’autre part, il faut dire que j’ai toujours fait partie de groupes. Je n’ai jamais envisagé pouvoir faire ce métier seul, de façon individualiste. D’ailleurs, mon expérience dans Les Chiens de Navarre s’est fondée sur une place donnée à l’acteur tout à fait particulière. Au sein de cette troupe, chacun participe à la fois à l’écriture du spectacle, à sa conception, au jeu, aux improvisations… C’est un travail collectif à part entière.

Qu’est-ce qui vous a amené, en 2014, à fonder votre propre compagnie ?  

J’avais en tête, depuis plusieurs années, des projets de mise en scène auxquels je ne pouvais pas me consacrer, faute de temps. A un moment donné, je me suis dit qu’il fallait que je saute le pas. J’avais vraiment besoin d’exprimer d’autres choses, de faire une pause dans mon activité de comédien pour explorer d’autres univers.

Pourquoi avoir choisi de placer cette compagnie sous l’égide de Marguerite Duras en la nommant Les Roches Blanches, faisant ainsi un clin d’œil à l’ancien Hôtel des Roches Noires, à Trouville, au sein duquel l’écrivaine possédait un appartement ?

C’était une façon de lui rendre hommage, bien sûr, mais aussi d’affirmer la relation forte qui m’unit aux textes, à l’écriture. Avec Les Chiens de Navarre, j’ai un peu mis de côté cette relation. J’ai voulu, à travers ce nom de compagnie, signifier que la nouvelle page qui s’ouvrait pour moi était profondément liée à la littérature.

Qu’est-ce qui vous plait particulièrement dans l’œuvre de Marguerite Duras ?

Ce que j’aime beaucoup dans ses textes, c’est qu’ils éclairent un rapport extrêmement concret au monde. Duras parle tout autant de la façon dont elle gère sa maison, de ses placards, que de son écriture, de ses amours, de sa pensée politique… Cela, tout en créant des mondes imaginaires très forts. La puissance que déploient ses fictions me fascine. Le théâtre est également le lieu de cette puissance-là. Grâce aux mots et à la présence de l’acteur, on peut faire croire, avec simplement une table et une chaise, que l’on est au milieu d’une forêt tropicale.

Pour vous, c’est donc fondamentalement l’endroit de l’imaginaire…

Oui, l’endroit de la magie et de l’immensité de l’imaginaire. C’est aussi l’endroit où l’on peut faire se rencontrer différentes influences, différentes disciplines. En tant que metteur en scène, j’ai toujours eu envie de favoriser le mélange et l’hétérogénéité. Cela, en étant audacieux, inventif, en avançant sur le chemin de l’expérimentation.

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