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MÉMOIRE / MÉMOIRES n°1

Publié le 08.10.18 par Morgane Lory

Dans Mémoire de Fille, Annie E entreprend d’écrire sur « la fille de 58 », Annie D – cette jeune-fille qui durant une colonie de vacances, vécut sa première expérience sexuelle. A l’aide de ses souvenirs et de ses archives, Annie E se lance dans la reconstitution la plus minutieuse possible des pensées et des sensations de la fille qu’elle était cinquante ans plus tôt.

« Ma méthode de travail est fondée essentiellement sur la mémoire qui m’apporte constamment des éléments en écrivant, mais aussi dans les moments où je n’écris pas, où je suis obsédée par mon livre en cours. »
Annie Ernaux, L’écriture comme un couteau.                                             

Depuis deux semaines, l’équipe de Mémoire de Fille est réunie pour le début des répétitions à Bruxelles. Cette première phase est essentiellement consacrée au «travail à la table ». Durant cette étape, centrée sur la lecture du texte, notre objectif est de déplier le récit, de le faire résonner en le confrontant à d’autres écrits d’Annie Ernaux, mais aussi de partager des extraits d’œuvres qui l’ont inspirée. C’est un moment essentiel pour déployer un imaginaire et un vocabulaire communs.

Depuis mon point de vue d’assistante à la mise en scène, j’aimerais partager avec vous l’un des aspects qui me fascine le plus dans l’oeuvre d’Annie Ernaux : son rapport à la mémoire. Et au fil des semaines, mener cette exploration de la fonction mémorielle, avec la complicité des différents membres de l’équipe.

I – UN TITRE

De quelle mémoire est-il question dans ce livre ?
S’agit-il d’un mémoire, au sens universitaire ?
Ou plutôt d’un genre littéraire, autobiographique, comme on parle des mémoires d’un écrivain ? Dans le titre de ce récit, Annie Ernaux opte pour le singulier.

Wikipédia me dit qu’ « un mémoire est un document permettant d’exposer son opinion concernant un sujet donné en s’appuyant logiquement sur une série de faits pour en arriver à une recommandation ou une conclusion. Il se veut habituellement court et incisif. »

Ce texte serait donc un document permettant de mieux appréhender ce que c’est d’être une fille…

Nous nous plongeons collectivement dans la lecture de l’adaptation scénique de ce récit. La question du rapport au passé, aux souvenirs, à la mémoire est omniprésente. Dès la première séquence, Annie Ernaux expose son projet : écrire « la grande mémoire de la honte ».

Cette mémoire qui est en somme le don spécial de la honte.

Petit à petit, nous entrouvrons la diversité des mémoires qui coexistent en nous: mémoire des faits, mais aussi mémoire du corps, mémoire des affects : comment les émotions peuvent marquer « au fer rouge » certains souvenirs.

Suivre Ernaux dans son entreprise mémorielle, c’est être saisi de vertige : de quoi sommes nous capables de nous souvenir à propos de l’être que nous étions il y 10 ans ? Il y a 20 ans? il y 30 ans  ?

Questionnaire auto-mémoriel :
Quelles qualités avais-tu à 18 ans ? Quels défauts ?
Quelles étaients tes capacités intellectuelles ? Savais-tu résoudre une équation au second degré ?
Quelles étaient tes livres préférés?
Tes chansons favorites ?
Comment te souvenais-tu de ton passé ?
Comment te représentais-tu tes parents ?
Comment te représentais-tu toi-même ?

Une idée me vient qui me touche profondément : et si toute la trajectoire de la vie d’Annie Ernaux – brillante élève issue d’un milieu populaire, devenue écrivaine transfuge de classe – était précisément liée à cette incroyable capacité mémorielle ?

« Etre l’exception, reconnue comme telle par tout le reste de la famille, ouvrière, laquelle cherche aux repas de fête de « qui elle tient ça », le « don » d’apprendre. »

 

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