à propos des spectacles

moment rêvé #8 : Ces filles-là

Publié le 19.05.20 par La Comédie de Béthune

Chaque mercredi, pendant le confinement, nous partageons avec vous quelques traces de ces spectacles que vous auriez pu voir au Palace, « nos moments rêvés pour ce
printemps »

Merci à Laurent Levy pour sa contribution à l’invention des « moments rêvés » !

« Il n’y a pas de pièce pour les filles.
Je veux ecrire pour les filles. »
Evan Placey, entretien au festival Regards Croisés

Ces Filles-là  est d’abord un texte d’Evan Placey, auteur britannique qui a gagné en 2015 Scenic Youth, le prix des lycéens pour les nouvelles écritures de théâtre organisé par la Comédie de Béthune.
Evan Placey est venu en résidence d’écriture à la Comédie en 2016 pour son texte Pronom.
Ces Filles-là,  c’est aussi le nom d’une collective, une équipe de théâtre de la région
Hauts-de-France, une toute jeune équipe de filles qui s’est emparée du texte d’Evan Placey pour en faire un spectacle hors-normes.
Mais il vaut mieux leur laisser la parole pour qu’elles se présentent elle-mêmes…

Image d’une bande de filles

@Victor Guillemot

Les présentations

Bonjour
Nous sommes La Collective Ces Filles-Là.
Ces Filles-là ?
Quelles filles ?
Quelles femmes ?
Des post-féministes des années 2020 ?
Non, nous serons à loisir des post-féministes quand la société sera post-patriarcale. Alors qui ?
Des comédiennes ?
Pas que.
Nous sommes 11 femmes, rassemblées autour de réflexions d’actualité dans le milieu des arts du spectacle, afin de valoriser la présence d’artistes femmes dans le secteur culturel.
Notre première œuvre commune est une pièce de théâtre, une adaptation du texte 
Girls Like That, de l’auteur Evan Placey, dans une traduction d’Adelaïde Pralon.
CES FILLES-LÀ raconte le cyber-harcèlement d’une jeune lycéenne.
Elles sont 20 qui ont grandi ensemble, toujours dans la même classe. Elles ont développé des amitiés éternelles… sauf que non.
Un jour, au lycée, bzzz, clic, tout le monde reçoit un texto : une photo de Scarlett, nue. À l’époque du cyber, la dimension prise par le harcèlement transforme la figure du bouc émissaire.
Pour raconter cette histoire, un seul personnage, le groupe des filles de la classe qui juge, condamne et insulte : un match impitoyable au cours duquel 19 filles en affrontent une seule. Pour parler de la puissance du groupe, l’auteur fait le choix d’une écriture chorale : un chœur de filles nous explique l’histoire de Scarlett… à sa place.
Au milieu d’un terrain de sport, les comédiennes, en ligne, baskets bien lacées, vous regardent droit dans les yeux pour vous dire «entre filles, il faut se serrer les coudes».
À l’image d’un match sportif, nous aimons créer des règles, toujours les mêmes, pour que le jeu, lui, ne soit jamais le même.

L’instant vocabulaire

Slut-shaming

Ce mot, traduisible en français par «humiliation des salopes », entretient l’idée que le sexe est dégradant pour les femmes. Il consiste donc à stigmatiser, culpabiliser ou disqualifier toute femme dont l’attitude ou l’aspect physique seraient jugés provocants et dont le comportement sexuel serait jugé « hors-norme ». Ce mot vient soutenir la culture du double standard qui est un code moral valorisant la sexualité chez les hommes tout en la sanctionnant chez les femmes.
Vous pouvez en lire une chouette définition dans Les Gros Mots – Abécédaire joyeusement moderne du féminisme de Clarence Edgard-Rosa et bien d’autres encore 

Ambiance de vestiaire

Nous étions prêtes

à nous mettre en ligne pour vous raconter une histoire à vous regarder dans les yeux
à mettre nos chaussettes de foot
à chanter du Rihanna a capella
à rencontrer toute l’équipe de la Comédie de Béthune
à découvrir le lieu, ses bureaux, son bar
à lever le nez en l’air pour observer Le Beffroi en venant au théâtre le matin
à marcher le long de la Lawe après les répétitions le soir
à tracer un terrain de foot au scotch sur le grand plateau
à rencontrer beaucoup d’élèves
à vous dire bonjour
à conduire le minibus
à changer de ville chaque jour : Béthune, Divion, Annequin, Calonne-Ricouart, Lillers, Saint-Pol-sur-Ternoise…
à faire le top 3 des cantines des lycées
à vous parler des ancêtres féministes de Scarlett
à vous parler d’égalité homme-femme parce que ça nous importe beaucoup
à sauter en l’air en maillots de bain
à hurler “Satanas” et à faire notre haka
à rire avec vous
à danser sur “Maquillage” de Vive la fête
à jouer 8 fois d’affilée CES FILLES-LÀ
à ne pas savoir une fois encore qui dirait quoi
à raconter malgré tout à chaque fois la même histoire
à jouer
à se faire des checks hyper fort en courant partout
à transpirer dans nos vestes de survets
à dire des gros mots parce que c’est écrit comme ça dans la pièce de théâtre
à chanter à tue tête la playlist de Lola, les fenêtres du minibus ouvertes
à nous échauffer en suivant Ariane crier “I love my body”
à regarder Elsa faire le grand écart et mettre son poing dans sa bouche
à écouter les bêtises chuchotées dans l’oreille par Zoé
à croiser les doigts pour qu’Audrey ne refasse pas un caillou
à asperger de vodka entre chaque date les costumes choisis par Cécile
à semer des diamants dans l’air pendant les choeurs composés par Claire
à attendre l’entrée de Pauline sur la ligne
à vous observer découvrir les dessins de Juliette
à guetter le sourire de Suzanne en régie
à signer nos contrats rédigés pour la première fois par Clotilde
à se serrer les coudes
à saluer main dans la main
à boire des bières avec vous au bar du théâtre
à parler avec vous dans des gymnases qui résonnent
à vous dire à une prochaine fois
à emmener des souvenirs partagés ensemble dans nos bagages
à faire des jeux à gratter dans un café à côté de la gare avant de prendre le train pour rentrer chez nous.

À la fin de la représentation, vous auriez pu applaudir…

La Collective Ces Filles-là
conception Suzanne Gellée & Zoé Poutrel
costumes Cécile Box
direction vocale Claire Rolain
graphisme Jue Jadis
jeu Elsa Canovas, Lola Haurillon, Ariane Heuzé, Pauline Masse, Audrey Montpied,
Zoé Poutrel
musique Maquillage du groupe Vive la fête

Le mot de la fin

En espérant que vous vous portez tous et toutes bien.
Que vous trouvez sérénité et confort dans ce nouveau quotidien.
En attendant de vous retrouver en chair et en os, en peau et en poils, dans les salles de spectacles, de concert, dans les bibliothèques, les gymnases, les city-stades, et autres lieux culturels et sportifs, nous vous souhaitons une bonne journée.

La Collective Ces Filles-Là 

Autour de Ces filles-là

Écoutez un entretien audio avec Françoise Héritier, une très grande anthropologue française disparue récemment — découvrez une vidéo de la chanteuse Juliette — et visionnez un teaser qui redonne vie à des femmes culottées, quelques grandes figures féminines et féministes dessinées par Pénélope Bagieu !

 

Partagez ce contenu autour de vous !

En liens

Laisser un commentaire

Haut de page