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à propos de la comédie

Notre mission et notre époque

Publié le 17.06.15 par La Comédie de Béthune

Chers spectatrices et spectateurs,

À la Comédie, on aime susciter des moments chaleureux. Je me suis glissée avec bonheur dans cette culture de l’accueil du public et des artistes. Dans les yeux des spectateurs, je lis un intense désir de théâtre et de jeu collectif. Rencontrer l’autre, celui qu’on ne connaît pas et qui fait peur, c’est ouvrir son esprit. Les relations humaines sont décidément une des clés de notre savoir-faire et de l’art du théâtre. Comme tous les Centres dramatiques, la Comédie de Béthune est une maison de création. Grâce aux travaux de rénovation, cette idée s’incarne aujourd’hui pleinement. En mars 2016, nous présenterons un parcours au Palace : je recréerai La Maison et King Kong Théorie qui seront présentés au foyer et dans la salle de répétition, avant de prolonger la soirée avec Let’s Dance sur le plateau de la grande salle.

Notre mission est de rassembler le public autour des créations et des spectacles, et la conquête de nouveaux publics fait partie de cette mission. Oui, l’idée forte du théâtre public est de s’adresser à tous. Depuis Vilar, fondateur du théâtre public, cette idée s’est ancrée dans un désir fraternel de rassemblement.

J’entends parfois prononcer le mot d“élitisme ” à propos du théâtre public. Je ne le comprends pas. Élitisme par rapport à quoi ? Élitisme voudrait dire “qui ne s’adresse qu’à certains ” ? Les analyses du public de la Comédie disent l’inverse. Si j’ai souhaité devenir directrice de la Comédie, c’est précisément parce qu’il y a ici un projet rare : les représentations dans les communes du territoire y alternent avec les spectacles au Palace et au Studio, pour multiplier les instants de plaisir et de découverte partagés.

Voilà en quelques mots où réside mon engagement artistique. De fait, c’est un engagement social et politique.

Dans l’époque de crise économique profonde que nous vivons, nous sommes nombreux à nous sentir perplexes. Qui croire ? À quoi croire ? Où faut-il regarder pour se forger de nouvelles certitudes ? Que signifient maintenant des mots comme “républicain”, “égalité des chances”, “fraternité” ? Que faire de notre héritage politique ? Cette deuxième saison s’est construite à partir de ces questions, toujours dans le désir de partage. Les artistes de la saison sont nombreux à créer au prisme des sujets de notre époque : l’avenir des jeunes, l’héritage que nous leur laissons, l’évolution des relations entre hommes et femmes… S’il y a un état d’esprit commun à Que faire ? [le retour], MICRO CR€DIT, La Maison, King Kong Théorie, Aux suivants, Revolt. She said. Revolt again. ou Western Society, c’est celui d’oser aborder avec humour et lucidité les enjeux sociétaux d’aujourd’hui.

La culture, comme le théâtre que je fais, comme celui que je dirige aujourd’hui, n’est pas un jouet. Elle fait parfois l’objet d’une petite phrase assassine lancée par un responsable politique à l’affût d’une caméra. Mais le théâtre n’est pas un vieux truc dont on se débarrasse juste parce que ça coûte moins cher. Ce qu’il propose et ce qu’il déploie ne se mesure pas seulement à l’aune d’une logique comptable. Ne vendons pas l’éclat dans les yeux des spectateurs à si bas prix ! La joie partageuse du théâtre en dépend, ainsi que sa capacité d’invention. Si j’aime à me souvenir de Vilar, c’est dans cet esprit rassembleur et créatif, avec l’assurance que “le théâtre est dû au public”, disait-il. Aujourd’hui, le théâtre se fait de plus en plus avec le public. Pour nous, artistes et spectateurs menacés par temps de crise, cette idée venue de notre héritage théâtral évolue et trouve un sens nouveau.

Avec d’autres directrices et directeurs de Centres dramatiques nationaux et régionaux, engagés comme moi dans une aventure théâtrale exigeante et populaire, je dis que le théâtre reste une idée neuve en France. Et je vous invite à lire, quelques pages plus loin, le texte que nous avons cosigné.

Cécile Backès

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