Comédie de Béthune

édito

Soleil à qui sait réunir *
C’est avec une oeuvre poétique que nous allons entamer cette nouvelle saison. Sur les pas d’Henri Michaux. D’abord pour la joie du mot, du mot qui déplie les pensées jusqu’à ses dernières coutures, aussi et surtout pour échapper un instant à l’ordre rationnel qui étouffe, ouvrir des ailleurs où l’imaginaire est bien plus qu’une fuite mais une nécessité vitale. Michaux fut très tôt attiré par les terres lointaines, mais rapidement il découvre qu’un espace existe, sans frontières et plus envoûtant encore, à l’intérieur de lui-même. C’est à cette traversée poétique insondable qu’il nous convie, où les mots, les phrases multiplient les escales dans les territoires les plus enfouis des plis de ses pensées. La vague qui le met en route n’est pas celle de la croisière, mais plutôt celle, obstinée, frondeuse, qui roule vers une plage qu’elle n’atteindra finalement jamais. On y croise la grande Histoire dont Dieu semble s’être définitivement absenté, mais aussi des fourmis ancestrales, une femme aimée, des exclus de tous bords, des décapités récalcitrants…

Cette aventure, qui rassemblera acteurs et musiciens, sera la première création du dernier temps fort de la Capitale régionale de la culture, avant celle de Joël Pommerat et la venue de la Comédie-Française.

Un début de saison exceptionnel donc qui se poursuivra avec des spectacles où les contrastes seront affirmés. Miroirs qui nous renvoient une image crue d’une réalité dérangeante, qui plongent à la source de récits anciens ou revisitent une histoire plus récente. Dans une société marquée par la vitesse et la fragmentation, ces angles et points de vue différents sont nécessaires.

Au printemps prochain, ce seront les élections présidentielles. La place que tiendra la culture dans les programmes des candidats et des partis sera pour nous tous un enjeu essentiel. Lors des derniers rendez-vous électoraux, la tendance était clairement à la baisse. Alors, battons-nous pour que cette culture de la création, de l’imagination, de l’ouverture, de l’aventure, de la curiosité, de la lucidité, de l’idéal, de l’excès, du singulier, de la complexité du vivant, du lien, du risque, culture de la question et de la pensée, de l’air et du souffle, du mot et du silence, du comment et du pourquoi, de l’oeil et de l’oreille, du rire et de la larme, de l’acteur et du public, du présent et de l’avenir devienne enfin un investissement prioritaire.

À vous tous, une très belle saison 2011-2012 !

Thierry Roisin

* Toutes les citations qui accompagnent la présentation des spectacles sont de Henri Michaux.