Chantier de fouilles, s2: Poésies de trottoir à Bristol

Chantier de fouilles, s2: Poésies de trottoir à Bristol

Publié le 17 juin 2017 dans Actualités

Lundi 12/06: centre social Rosa Luxemburg. Tentative d’épuisement de l’espace public par la description systématique et objective, à la manière de Georges Perrec. Un local poubelles requiert toute notre notre attention, ainsi qu’un point de vue vivant constitué d’un bout de trottoir, d’une vue sur le PMU et sur la rue. 10 min d’enregistrement dans la boite pour chacun des espaces, ainsi que des instantanés de gestes et de comportement. Autant de matières pour en fabriquer des modes d’emplois pour les générations futures!

Mardi 13/06: 1e incursion dans la résidence Bristol. Nous nous installons sur l’emplacement habituellement investi par les habitants de ces HLM. Nous sommes observées de toutes parts : les fenêtres s’ouvrent et de multiples yeux scrutent cette installation rouge qui détonne sur le gris de l’asphalte et le vert du saule pleureur. Une horde de gamins s’amène : ils sont tous affiliés à Monique, dit Mémé Toulouse, dans sa belle tunique verte (voir photo), l’une des doyennes de Bristol. D’ailleurs, tout le monde nous semble de près ou de loin rattachés à sa famille. 3 générations se distribuent dans chacun des blocs de la résidence. En tous cas, Gilbert, l’un des fils, est gérant de l’association de musculation. Ils sont heureux,  ils vont obtenir les clés d’un logement dans un des blocs. Deux étages, avec une vraie ventilation et des fenêtres, ce sera bien mieux que leur cave! Ils sont les garants de la tranquillité de ces lieux, véritable soutient de proximité.

Le lexique de la résidence est rempli en un rien de temps: piscines, barbecues, familial, … autant de mots qui définissent cette résidence. On nomme les choses, histoire de faire exister le banal, le quotidien qu’on ne prend même plus la peine de regarder. Les enfants fourmillent d’idées.

On part en ballade avec les enfants en quête de lettres dans l’espace public. Ils re-découvrent leur environnement​ proche avec un regard nouveau, enthousiasmés. Les espaces se parent de petits noms: la pente, le bloc, le jardin perdu… Toute la famille de Monique et d’autres curieux passent au bureau pour vider leurs poches. Le but est de connaître le kit de survie d’un béthunois en 2017. Les passants de la rue de Lille avaient des poches plus fournies non? Mais la collecte est encore trop infime pour en tirer des conclusions.

Mercredi 14/06: rencontre sympathique avec le caféméléon, bibliobus et ludothèque. Très peu de personnes passent sur ce parking en retrait de la rue. Nous allons les chercher pour les interviewer sur le pas de leur porte, dans ce quartier de petites maisons résidentielles et paisibles. Nous nous réinstallons dans la résidence pour l’après-midi.

Ambiance farniente sous un soleil écrasant, piscines et bronzette. Les enfants sont encore plus nombreux, en demande d’activités. Au programme : conte imaginé in situ pour la résidence Bristol pour captiver petits et grands. Une mémé qui mange du poulet arrive à faire s’écrouler un mur et s’envoler des affiches? Mais comment ça? Demandez aux enfants, ils sauront vous expliquer.

En même temps, cartographie affective avec les adultes et jeux poétiques avec les mots récoltés la veille. Les enfants imaginent des phrases parfois absurdes en assemblant les mots de manière décalée:

Les immeubles sont comme des cabanes aux oiseaux.

Le PSR est joyeux.

Les lampadaires nous font rire.

Amour de barbecue, un délice de voyous.

Les danseurs unis.

Les voisins grillent dans l’herbe.

 

  

Jeudi 15/06: une nuée d’enfants se ruent sur nous à notre arrivée. Braves, nous ne fuyons pas. Mais nous allons les décevoir : nous avons prévu une promenade avec les adultes seulement. Mais aucun n’est motivé : inertie du groupe ou fatigue de la journée ? La perspective de papoter sous le soleil écrasant est plus séduisante qu’une promenade dans leur quartier. Nous partons tout de même entre nous. De nombreuses situations et détails attirent notre attention. Nous récoltons un bon échantillon de mobiliers urbain et de situations étranges à analyser plus tard.

   

Nous lançons le soir la com pour les atelier de la dernière semaine de juin à la médiathèque du Mont Liébaut, et si possible dans certaines écoles. Au programme, atelier d’écriture sur le thème de l’archéologie imaginative. Nous souhaitons avec un public varié travailler sur des modes d’emplois de l’espace public, des interprétations décalées de situations urbaines banales, ou de détails anecdotiques. N’hésitez pas à participer!