Que faire
à propos des spectacles

Que faire ? [le retour] : l’équipe artistique parle du spectacle

Publié le 28.09.15 par La Comédie de Béthune

Quand l’équipe artistique derrière Que faire ? [le retour] nous parle du spectacle…Voici un « mini » florilège d’entretiens audios, vidéo et papiers !

François Chattot et Martine Schambacher, comédiens du spectacle, dans L’Humeur Vagabonde présenté par Kathleen Evin (France Inter)

présentation par François Chatteau au TNS

entretien avec Benoît Lambert, metteur en scène
propos recueillis par Caroline Châtelet pour le Théâtre Dijon Bourgogne

Quelle est la genèse du spectacle ?

Benoît Lambert : François Chattot m’a tout d’abord proposé que nous fassions un projet ensemble. Très vite, nous avons invité Martine Schambacher, avec laquelle j’avais déjà travaillé, à nous rejoindre. Nous avons commencé en balayant plusieurs hypothèses : Molière, Feydeau, Courteline… Au bout d’un moment, je leur ai proposé de faire un spectacle qui serait une sorte de contrepoint à We Are La France et We Are L’’Europe ; un projet avec des acteurs d’une autre génération, dont le propos viendrait prolonger et parfois apporter la contradiction à ce qui avait été développé dans ces deux spectacles précédents. En particulier – pour le dire vite et de manière un peu abstraite – il s’agissait de dépasser cette théorie de « l’usage », cette esthétique du « faire avec » qui était au cœur des We Are…. Dans Que faire ? (Le Retour), il s’agit au contraire de réaffirmer qu’il faut parfois savoir faire « contre »…

Que faire ? (Le Retour) apparaît donc plus comme un spectacle « en réponse à », que comme un troisième opus ?

B. L. : We Are La France, We Are L’Europe et Que faire ? (Le Retour) forment plus une suite qu’une trilogie au sens strict, dans la mesure où ce sont des spectacles indépendants les uns des autres. Mais ensemble, ils forment une petite méditation sur l’époque, et ils se répondent de façon dialectique. Dans ce dernier volet, le fait de travailler avec des comédiens d’une autre génération que la mienne me permet une sorte de réconciliation avec mai 68. Ces dernières années, les espoirs d’émancipation des années soixante-dix ont été perpétuellement critiqués, et caricaturés. Il faut pourtant entendre ce que la radicalité de ces années-là peut encore nous dire. Plutôt que de rejeter en bloc la société de consommation, le grand capital, désigner les sources d’aliénation, nous pourrions parfois être plus exigeants à l’intérieur de nos vies. Une manière de rappeler que si l’aliénation concerne tout le monde, l’émancipation également…

Quelle place occupe dans le spectacle le texte « On garde ? » de Jean-Charles Massera?

B. L. : C’est la matrice du spectacle. « On garde ? » est un texte qui figure dans We Are L’Europe (le livre), et que j’avais finalement renoncé à utiliser pour le spectacle. Le texte se présente comme une sorte d’inventaire dans lequel sont passés au crible tout un tas d’« objets » politiques, esthétiques, historiques, sociaux… Évidemment, Massera fait ça dans le style qui lui est propre, avec beaucoup d’humour et un peu de férocité. Mais aussi avec une vraie tendresse face à l’incompétence, qui apparaît non pas comme la tare de quelques démunis, mais comme une donnée universelle de la condition humaine. C’est une vraie matière, un objet en soi, cette double affaire de l’inventaire et de l’incompétence. C’est aussi une belle situation de comédie ! Avec Jean-Charles, nous sommes donc partis de là. Nous avons réécrit des textes, comme s’il s’agissait de donner des extensions, des approfondissements à cette situation de référence. Au final, d’ailleurs, nous n’avons gardé que très peu de choses du texte initial. Mais avec ce travail d’écriture nous avons circonscrit le chantier, délimité les thématiques ; il faut à partir de là, faire du théâtre. Au fond, ce dont il s’agit, c’est d’écrire depuis le plateau.

Les textes écrits avec Jean-Charles Massera sont donc enrichis d’écrits d’autres auteurs…

B. L. : Cette démarche de l’inventaire constitue notre point de départ et nous rencontrons des auteurs, ou des œuvres, en chemin. Ce qui est compliqué, c’est qu’il y a toujours une tentation – d’ailleurs parfaitement vaine – d’exhaustivité. Pour éviter cela, et l’effet de « liste » que cette tentation induit, nous avons décidé avec Jean-Charles de focaliser l’attention sur quelques points choisis. Les We Are… fonctionnaient sur une forme de logorrhée, c’était un tourbillon de mots, où résonnait le bruit du monde ambiant.

Dans Que faire ?…, on entend sans doute moins de choses, mais plusieurs discours, et plusieurs régimes d’écriture. Que faire ? se passe dans l’espace intime d’une cuisine…

B.L. : Oui, pour avoir une sorte de point de départ « réaliste », en tout cas un peu banal… En même temps c’est une fable, un petit conte pas réaliste du tout… Mais j’ai cette envie de voir des personnages redire avec naïveté un certain nombre de choses. Par exemple, cette idée simple qu’en 1789 la bourgeoisie a pris le pouvoir en France et que deux siècles plus tard elle le tient toujours… C’est Desproges, je crois, qui avait résumé ça comme ça… Ces questions de la captation du pouvoir par les puissances d’argent, ou encore du pouvoir actuel de l’expertise sont des espèces d’évidences, désormais. Mais en même temps, tout se passe comme si leur remise en question restait inaudible.

Face à cette pluralité de discours, où l’unité se situe-t-elle ?

B. L. : Dans la fable. Car à la différence de We Are La France et We Are L’Europe, il y a une fable à l’origine de Que faire ?. C’est une petite fiction, il y a un côté conte philosophique. C’est l’histoire d’un couple dans sa cuisine qui se dit « ça ne va pas » et qui s’engage dans un processus d’émancipation spontané, en allant lire, découvrir, dans l’incertitude totale. Du coup, ce qui m’intéresse n’est pas seulement de produire ou de faire s’affronter tels ou tels discours, mais plutôt de suivre les aventures de ce couple, de regarder ce qui leur arrive. Après, bien sûr, on peut toujours rêver que cet « inventaire » devienne une boîte à outils. J’ai cette idée que les mots, les idées, les affects sont des armes et des outils. Et il me serait difficile de faire du théâtre sans cette conviction-là -je le dis sans naïveté, je ne suis pas sûr qu’il soit suffisant, ni même nécessaire, d’aller au théâtre pour s’émanciper… Mais je reste convaincu que l’art peut produire des éclaircissements, qu’il peut nous réjouir et augmenter nos forces.

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